• Récit d'exploaration

    - Deuxième pointe de Tom au Petit Goul de Tourne
    - Le Goul de la Tannerie "Retour aux sources" par Olivier Isler
    - Récit (frayeur)
    - Le Goul de la Tannerie -180m au recycleur par Sylvain Redoutey
    - Le Goul de la Tannerie - 209m a plus de 1km de l'entrée par Sylvain Redoutey




    - Goul de la Tannerie Exploration de la Galerie Brasey par Xavier Méniscus
    - Goul de la Tannerie Suite de l'exploration de la Galerie Brasey par Xavier Méniscus


     

    Deuxième pointe de Tom au Petit Goul de Tourne (France)

     

    On l'appelait Tom Pouce (Jacques Brasey)
    Photos de Gérard Truffandier

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    par Gérard Truffandier

    La suite du journal spéléo de Tom mérite d'être entièrement relatée, car elle contient le récit de sa plus longue et profonde plongée spéléo

    "Ma. 7 juillet - Ve. 17 juillet - Petit Goul de Tourne - Tom, Isus, Cyrille, Arno, Michael, Truffe, Philippe Bonpas -

    Mardi 7
    On charge le matin, puis départ pour l Ardèche, vers midi. Ça roule bien, pas de barrages routiers, sauf à Bourg-St-Andéol, sur le pont, où l'on doit attendre 15 mn avant que le barrage soit ouvert.

    Mercredi 8
    Installation du camp, gonflage et petite plongée en fin de journée avec Cyrille. Ce dernier fait un test avec un quadri 20 1 et un mono ventral. Je l'accompagne jusqu'au puits, à 700 m, puis fais demi-tour. Cyrille va jusqu'à - 75 m, au sommet du puits qui mène à - 88.

    Pour ma part, j'ai plongé en humide avec le bi-18. Equilibrage presque bon, il y a environ 2 kg de trop, mais ça ne gène pas trop dans ce siphon. Essai de photos avec mon petit Nikon L35 AW, qui semble bien supporter les 12 m de profondeur.

    Jeudi 9
    Fin de préparation des surox, oxy, puis, dans l'après-midi, Olivier et Arno vont amener les 2 tonneaux, soit 8 bouteilles de décompression dans le puits, à 700 m.

    Vendredi 10
    J'ai mal au cou et je sens la crève qui menace. Je ne plonge pas. Olivier et Arno vont au puits amener différentes petites bricoles (jumars, oxy de réserve) pendant que je vais faire des achats avec Cyrille.

    Samedi 11
    Michael nous rejoint tôt le matin. Vers 10 h, on descend à la source. Cyrille plonge vers 13 h. Il va poser du câble depuis le
    bas du ressaut remontant à - 100, jusqu'au sommet du puits terminal à - 92. Plongée de 7 h pour lui. Je vais le retrouver au palier à - 27 et lui amène 2 gueuses. Au retour, je ramène le scooter et vais faire une courte visite dans la galerie inférieure en aval, à - 18, près de l'étroiture. Le câble est posé jusqu'au sommet du puits terminal à - 92.

    Dimanche 12
    Préparation de mélanges, surox et oxy. Arno et Michael vont faire une visite au Grand Goul, qui est toujours obstrué à - I1. Gérard Truffandier, qui est arrivé dans la nuit, va faire une reconnaissance jusqu'à 700 m.

    Lundi 13
    J'ai mal au cou de nouveau et cette fois, plus qu'il y a deux jours. J'espère que ça va jouer pour demain. L'après-midi, toute l'équipe plonge pour installer les tonneaux, et divers relais, pendant que je fignole mon équipement au camp. Philippe Bompa est arrivé vers midi avec Marie-Paule.

    Mardi 14
    Jour J, enfin la 1ère pointe depuis 1982. Je m'équipe tranquillement et quitte le jour et l'air frais, vers 12 h. Progression tranquille avec le scooter jusqu'à 700 m au départ des puits. Là, je pose mon ventral surox 60 % et, après qu'Arno ait contrôlé l'ouverture des bouteilles et installé l'inflateur "argon", je descends vers la profondeur. A - 45 je récupère le bi-12 ventral, avec un mélange Hélium à 40 %, pour la zone jusqu'à - 73. Arno me suit jusque vers - 60, puis je suis seul. Peu avant le captage, un vieux fil se prend dans l'hélice du scooter. Je prends 2 - 3 mn pour démêler tout ça et continue ma route. - 73, le puits qui mène à - 88. Je pose le ventral et passe sur le dorsal (50 % d'hélium). Le scooter me tire jusqu'au point bas, à - 102, où je l'abandonne pour continuer à la palme. 30 m plus loin, me voilà au terminus du câble, au sommet du puits terminal. Je mousquetonne mon fil d Ariane sur câble et entame la descente. Le dévidoir à Léger est posé à - 107. Je poursuis. Il me semble apercevoir un départ de galerie vers - 115, deux mètres au-dessus du terminus Léger. Je fractionne au terminus Léger et poursuit la descente. Le mélange à 70 % d'hélium me permet de bien apprécier la vue : beau puits, environ 4 x 8, avec plusieurs points rocheux, à différentes profondeurs. Vers - 135, je décide de stopper car c'est ce que j'avais fixé comme limite maximale, avant le départ. Je cherche un point d'amarrage et trouve un superbe pont rocheux, deux mètres au-dessous, à - 137. J'attache le fil et remonte gentiment. A - 115, je vais m'enfiler 5 - 10 m dans la galerie, pour vérifier si ça n'est pas simplement une petite niche. Observation de 3 petites coulées stalagmitiques sur le bord du puits à - 111. Retour tranquille jusqu'à - 55, où j'entame la longue série des paliers.

    Au total, 7 h 50 de paliers, pour 1 h 30 de plongée. A partir de - 9 m, j'utilise le circuit fermé à Olivier, pour respirer l'oxy. Je ressort 9 h 20 après mon départ. Plongée super, pas de problème, belle pointe, paliers agréables et peu pénibles, je n'ai pas eu froid (4 x 20 1).

     

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    par Gérard Truffandier

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    Le Goul de la Tannerie

    RETOUR AUX SOURCES

    par Olivier Isler

    Bourg-St-Andeol, petite agglomération jouxtant le Rhône aux portes de l’Ardèche est connue des plongeurs en siphon pour la beauté de ses sources. Tout particulièrement le Petit Goul ou Goul de la Tannerie, considéré comme une classique où depuis près de vingt
    ans, les explorations se sont succédées.

    En 1976, le G.E.P.S. de Marseille découvre la galerie sur près de 750 mètres, s’arrêtant à 45 mètres de profondeur.
    En 1978, soutenu par le Groupe lémanique de plongée souterraine (G.L.P.S.), je poursuis sur environ 70 m., atteignant le haut d’un ressaut à 72 mètres de profondeur.
    Deux ans plus tard, Francis LEGUEN descend celui-ci jusqu’à 84 mètres.

    Continuer à l’air devenait aléatoire et dangereux. Profitant d’un travail de topographie destiné à installer une prise d’eau, Bertrand LEGER repris l’exploration au TRIMIX (mélange ternaire d’Hélium, Azote et Oxygène). En 2 plongées de six heures trente et sept heures, il atteignit successivement 945 puis 1020 mètres de distance, ce dernier point à 113 mètres de profondeur, dans un grand puits. Bertrand avait placé la barre très haut, car son terminus suivait une longue progression en profondeur.

    Ce défi, j’avais décidé de le relever, car j’ai toujours aimé cette source qui, si elle ne représente peut-être pas la quintessence des difficultés que l’on peut rencontrer en plongée souterraine, reste un sacré challenge. Qu’on en juge: on doit négocier plusieurs
    passages étroits lors de la longue progression jusqu’au premier puits situé à 700 m de l’entrée. En profondeur, la galerie toujours tortueuse comporte de nombreux ressauts empêchant une avance rapide. Enfin, difficulté majeure, l’obligation d’effectuer la presque
    totalité des paliers à distance respectable, ce qui n’est moralement pas une sinécure.

    En 1987, une reconnaissance poussée confirmait nos craintes: un fil standard en nylon ne pouvait résister longtemps aux crues. Seule alternative valable: la pose d’un câble résistant jusqu’au haut du puits terminal. Ceci fut fait en 5 plongées de rééquipement-nettoyage de 4 heures 30 à 6 heures 45’ de durée. La suite pouvait enfin être abordée avec plus de sérénité.

    En Juillet 1992, mon ami Jacques BRASEY pouvait enfin rajouter une trentaine de mètres au terminus de Bertrand, atteignant -137 m, en une plongée de 9 heures trente. Le manque de temps m’empêcha de tenter à mon tour une incursion. Trois mois plus tard, le drame: Jacques meurt à la sortie d’une source sarde, bloqué sous des rochers dans moins d’un mètre d’eau. Nous sommes effondrés: notre groupe est décapité par la perte de l’un de ses meilleurs éléments. Suit une longue période de remise en
    question et d’inactivité en exploration.
    Le temps passe et l’envie de remettre ça devient de plus en plus lancinante.

    En Avril, je replonge sur les traces de Michael dans la zone profonde. Bonne surprise: le câble n’a pas bougé et nous apparaît dans un état de fraîcheur inhabituel.Pour la grande plongée prévue pour l’ascension (quel paradoxe !!), je décide de m’entourer de toutes les
    mesures de sécurité. Pour le calcul d’une table adaptée au profil du siphon, Je fais appel à mon ami Jean-Pierre IMBERT en qui j’ai entière confiance. La décompression sous oxygène est prévue au sec, dans une cloche. Là malheureusement il y a un couac. Si la
    cloche démontable semble efficace, son moyen de transport s’avère catastrophique.
    Malgré un report à la Pentecôte, décision est prise d’utiliser une cloche souple déjà testée avec succès par notre collègue Hubert FOUCARD.

    Vendredi 24 Mai, 17 h 30.
    Nous retrouvons nos amis français Jean-Pierre IMBERT, Patrick JOLIVET et Frédéric MARTIN au bord de la vasque. Jean-Pierre m’amène 2 détendeurs TEKSTAR de COMEX PRO, désirant me persuader de les utiliser en pointe, car ils sont très souples et robustes. Je décide de les tester immédiatement en allant déposer le premier convoi de 4 bouteilles de décompression (Voir photo) à -46 m. Patrick et Michael vont installer la cloche souple à -9 m en l’encrant avec des spits.
    Plongée sans problème autre que seulement 2 spits sont plantés. Le TEKSTAR semble effectivement très confortable.

    Samedi 25.
    Je suis le seul à ne pas plonger afin d’être saignant pour le lendemain.
    Tous le groupe de Vaucluse est là, ainsi que Sylvain REDOUTAY. En plusieurs plongées, ils vont déposer les 8 bouteilles ainsi qu’un petit scooter aux points stratégiques. La cloche est enfin installée, mais une fuite à la soupape empêche de la gonfler.

    Dimanche 26.
    Mon dorsal 4 x 20 l additionné d’un petit flacon 4 l (destiné à équilibrer ma combinaison) est sur le mur de la vasque.
    La pénible séance d’habillage qui commence invariablement par le rituel de l’installation du PISLEAU (système permettant d’uriner hors de sa combinaison en plongée) peut commencer. En étant conscient du risque accru de transpirer en début d’immersion, j’enfile
    un nombre impressionnant de sous-vêtements destinés à limiter l’hémorragie calorique due à l’inhalation d’un mélange riche en Hélium. Puis tout s’accélère, car il s’agit de ne pas mariner trop longtemps dans cet état. Enfin à l’eau. Une dernière vérification
    d’équilibrage-lestage, et, accompagné de Patrick et Michael, je disparais (j’espère temporairement !) sous les eaux. Il est 13 heures 8 .

    Je respire un NITROX 60% sur mon ventral 15 l. Je progresse très lentement pour éviter de m’échauffer et transpirer, car,
    comme dirait mon ami chimiste la bonne solution, c’est de ne pas se précipiter !
    Parcours interminable de 48 minutes. Le puits enfin. A - 12 m, je troque mon ventral contre un 2 x 12 l de TRIMIX.
    En descendant le puits, je jauge du regard le nombre impressionnant de flacons destinés à ma décompression. Me remémorant mes explorations d’autrefois en bi 2 x 10 l et ventral pour tout équipement, je ne puis m’empêcher de constater combien véridique est
    l’expression "avec l’âge on prend de la bouteille !". - 45, le scooter. Il me tracte à petite vitesse dans cette galerie tortueuse qui descend en ressauts successifs et changements brusques de direction. La visibilité, inférieure à 10 mètres est décevante pour cette
    source habituellement limpide (les nombreux orages des semaines précédentes n’ y sont peut-être pas étrangers ?). 14 min. depuis le départ "en profonde" et je dépose mon ventral à -72 m.

    Passage sur le dorsal et nouveau puits en spirale aboutissant à - 88. En passant à -101 m, j’accroche un vieux fil qui pend en travers de la galerie. 2 à 3 minutes de perdues à se dégager et à le couper. Le grand puits enfin ! Dépôt du scooter dont l’utilité dans ce type
    de profil accidenté ne me semble pas démontrée. Je croche mon fil sur l’extrémité du câble et avanti ! La descente n’est pas très rapide. Suivant le fil laissé par Jacques, j’atteins enfin son terminus (- 137). Changement de détendeur Le TEKSTAR est très sensiblement plus souple. Le puits se poursuit toujours grand, incliné à 60 degrés. Ma limite de temps est presque atteinte. A - 165, je stoppe. cela continue, certainement au delà de 180 m. de profondeur. Pas d’amarrage possible sur un quelconque becquet de ce puits grandiose. 2 tours de fil autour de la manivelle et j’abandonne le dévidoir, car mon temps limite est dépassé de plus d’une minute.

    La remontée se fait en force, après avoir vidé mon flacon destiné à mon équilibrage. Je gonfle mon sac dorsal, car la collerette de ma
    nouvelle combinaison me joue visiblement des tours en fuyant. A - 120, je quitte à regrets le TEKSTAR dont j’ai pu vérifier les excellentes qualités pour repasser sur mon autre bouteille. A - 92, je récupère le scooter. J’ai du retard sur mon timing.
    Repassage à -101, puis arrivée à - 90 où commence véritablement mon premier palier. J’ai un peu "les boules" en pensant à Claude qui doit venir aux nouvelles vers - 65. La longue ascension continue. Arrivé à - 60, j’ai confirmation de mes inquiétudes: Claude n’est
    pas là. Je ne saurai qu’en sortant qu’il m’a manqué de justesse,ayant entendu le bruit moteur de mon scooter. -57: récupération de ma première bouteille palier que j’utilise dès mon arrivée à 51 mètres, mon ventral étant épuisé. 2 heures 15 depuis le départ et à - 46 je
    récupère le bidon entouré de ses 4 bouteilles. A - 42, des phares annoncent l’instant ô combien désiré (même si Redoutay !) de la visite de Sylvain qui vient aux nouvelles. Il me clipe un "biberon" de 4 l d’Argon. Je l’injecte avec délice dans ma combi, sentant la
    bouffée de chaleur qui m’envahit. Paliers obligent, ma remontée est de plus en plus lente.

    - 36: passage au Nitrox 40%, -24 au 50%, - 12 au 60%. Arrivée de Patrick, mon fidèle compagnon de longue date, assisté de Michael. But: enlèvement des "boosters" (bouteilles latérales) de mon quadri. Opération plus difficile que prévu. Au vu du manque de visibilité,
    je décide de garder mon 2 x 20 l dorsal que je prévoyais initialement de troquer contre un 2 x 12 l, afin d’entrer dans la cloche. Le palier de 9 mètres sous oxygène se fait donc en pleine eau, sous surveillance constante de mes amis de Spéléo 84 qui se relaient à mon chevet.
    30 minutes avant la fin de mon palier de 6 m, j’entame mon long voyage de retour. La visibilité étant réduite par les incessants va et vient, le ventral 2 x 12 me pose quelques problèmes pour négocier les passages clés: comme prévu, la source se défend jusqu’au bout.
    Enfin la surface, crevée à 23 h 19, soit 10 heures 11 après mon départ.
    Déshabillage en douceur, puis repas vers 2 heures du matin. Mon plus vif souhait est de continuer, je l’espère en 1997 à progresser un peu dans le puits de cette belle source attachante (sans pour autant se prendre dans le fil d’ariane!).
    Ceci dans de meilleures conditions, notamment concernant la cloche de décompression, et soutenu, je l’espère, par la même brillante équipe.

    Olivier Isler

       

    Participants

    France: Fred MARTIN, Claude HUREY, Daniel DUMAS, Patrick SERTEL ( SPELEO 84)
    Patrick JOLIVET (Vendôme), Sylvain REDOUTAY (Vesoul)
    Michel LEONARD (Angoulême)
    Suisse: Michael WALZ, Olivier ISLER

    Remerciements.

    France
    Jean- Pierre IMBERT qui m’a conçu des tables remarquables d’efficacité.
    Michel PLUTARQUE, Directeur commercial de COMEX PRO Pour la mise à disposition
    de 2 détendeurs TEKSTAR.
    Thierry LEBORGNE (PLONGESPACE)

    Suisse
    Heinz RUCHTI (UWATEC)
    Gaston WILLOMMET (LECLANCHE)
    Maurice RAY (OXYBLUE)
    Corinne RAPIN DEFRANCESCO (BLOW WAVE)
    Manuel LOBOS (GRAND BLEU)
    Gérard GRIN (CORTE S. A.)
    Jean-Daniel LIN (MIAUTON)
    Michel SCHAFFERT (CONSTRUCTION THERMOPLASTIQUE)








    Récit (frayeur)


    Yves Segond de la société Spéléologique de Namur (Belgique) -1984.
    Le plongeur connaît la source jusqu'à 400m de l'entrée, il y a déjà plongé à 3 reprises.

    (…) Après l'étroiture (120m), je commence ma progression en solitaire. Je dispose d'un 2 x 7l et mon mano m'indique 180 bars. Parti avec 210 bars, si j'applique la règle des tiers, je dois faire demi-tour à 140 bars.
    Arrivé à la fourche séparant la galerie en deux (290m), j'opte pour le passage de droite, ayant déjà eu l'occasion de passer par la gauche.
    Je dispose d'un Aqua-Flash plus un second en réserve. Malgré l'exceptionnelle clarté de l'eau, je ne vois que le fil d'Ariane et la section de la galerie se découpant dans un halo bleuté. Tout se passe pour le mieux, je me sens bien, le matériel est au point et ne me gène pas. Je m'applique donc à suivre le fil et à surveiller mon mano.
    A 150 bars, je décide de faire demi-tour, je pourrais encore consommer 10 bars, mais en siphon on n'est jamais trop prudent.
    Au retour, l'eau a perdu sa limpidité, et plus j'avance, plus elle se trouble pour devenir franchement sale.
    Il n'est plus question de lâcher le fil si je veux retrouver la sortie…
    Après dix bonnes minutes de progression dans ce " Beh-beh ", je m'étonne de ce phénomène que je n'avais pas remarqué lors de ma précédente plongée.
    Mais il est vrai que le siphon a été très fréquenté cette semaine et nous avons sans doute décollé la " pulpe " du plafond.
    Et puis c'est la surprise ! alors que je me croyais aux abords de l'étroiture, je suis au-dessus du ressaut de 8m, à 400m de l'entrée. Mon manomètre indique 100 bars. Que s'est-il passé ?

    Je ne vois qu'une seule explication : à l'aller, je n'avais pas vu que je rejoignais la galerie principale et, alors que je croyais progresser vers le fond, je revenais dans la deuxième galerie ; ainsi quand j'ai fait demi-tour je me suis enfoncé vers le fond.

    Maintenant il s'agit de revenir et surtout de ne pas paniquer, mais un flot d'images se déverse dans ma tête, l'angoisse s'empare de moi et me fait respirer trop vite. Heureusement je me ressaisis, après tout, en faisant un détour, j'ai consommé 110 bars pour venir ici. Les 100 bars qui me restent devraient suffire si je n'ai pas de problèmes au retour.

    Or, après un bon moment de progression sans encombre, le doute me saisit ; je me dirige à nouveau vers le fond ! Comment cela est-il possible ?
    Je n'en sais rien, mais j'en suis sûr. Je reviens donc en arrière et me retrouve au carrefour des trois fils.
    Je suis complètement désorienté, je ne sais plus d'où je viens et surtout pas où aller. Je regarde mon mano : 60 bars. Où suis-je ?

    De toute façon c'est foutu ! j'ai quarante minutes de plongée et il me reste moins d'un tiers de mon air. Je ne sortirai pas d'ici vivant. Je suis à deux doigts d'une nouvelle panique, mais à nouveau heureusement mon instinct de conservation l'emporte.
    Il faut coûte que coûte choisir un fil et le suivre jusqu'au bout en espérant que ce soit le bon. Je dois économiser mon air au maximum mais cela n'est guère facile avec cette angoisse en travers de la gorge.
    Il me reste un espoir si je suis sur le bon fil. Dehors Gérard doit certainement s'inquiéter et sans doute va-t-il venir à ma rencontre, auquel cas je pourrai m'emparer de son deuxième détendeur… 30 bars. Suis-je sur le bon fil ?

    Oui, je reconnais à présent de gros galets noirs qui se trouvaient près de l'étroiture, enfin un point de repère, cette fois je peux m'en sortir.
    Encore quelques mètres et voilà l'étroiture. Ma respiration sur le coup se fait plus pressante, mais rien n'est encore gagné, il faut que je me calme car je suis toujours seul à 100m de l'entrée avec moins de 25 bars et je sais que la galerie qu'il me reste à parcourir est semée d'embûches qu'il faut contourner.

    Je me tire sur le fond au maximum pour économiser mes forces donc mon air. Je viens de passer le cap fatidique des 5 bars lorsqu'une lueur bleue familière m'éblouit. Jamais je n'avais été aussi content de la voir, mais jamais non plus jusqu'à ce jour je n'avais douté de la revoir.
    Je crève la surface un bras en l'air en faisant le signe OK de ma main tendue.

    Pour Gérard aussi qui se préparait à partir à ma recherche, c'est un grand soulagement. Tout est bien qui finit bien après 1H05 de plongée.

    L'heure est maintenant aux leçons à tirer d'un tel incident, elles sont nombreuses :

    1) je n'avais jamais pris mon cap lorsque je me suis enfoncé sous l'eau et jamais au cours de la plongée je n'ai songé à utiliser ma boussole.
    2) Le fil n'était ni métré, ni fléché, ni repéré, mais le parcours semble tellement évident que la chose ne m'a jamais inquiété avant.
    3) Je n'ai pris aucun point de repère à l'aller, rien ne me permettait donc de m'orienter au retour.
    4) Heureusement que tout mon matériel était parfaitement en ordre et que je ne me suis pas pris dans le fil car le moindre pépin supplémentaire m'aurait sans doute été fatal.


    Le Goul de la Tannerie

    -180m au recycleur

     

    par Sylvain Redoutey

    Avril 2003

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    Le week-end de Pâques 2003 a été particulièrement fructueux, -180 mètres de profondeur au recycleur après un parcours d'environ 1200 mètres de distance et 12 h 30 de plongée totale .

    Le jeudi Claude et Daniel font une première navette pour vérifier les ancrages pour la cloche, mettre en place le répartiteur de charges et placer 2 relais de sécurité à 300 et 500 mètres de l'entrée de la galerie.

    Vendredi un impressionnant convoi va parcourir la galerie jusqu'à la zone des paliers, Frédérique pousse le bidon remplit de bouteilles 2 x 10 ; 2 x 7 ; 2 x 4 et marquera les zones dépassant -6 mètres de profondeur pour ne pas risquer une hyperoxie car une partie du dernier palier sera effectuée sur le trajet retour. Daniel amène seul la cloche puis la monte et l'installe à - 9, Claude prend en ventral les 2 bouteilles pour sa plongée du lendemain plus 3 x 4 litres .

    Le samedi il ne reste plus que le petit recycleur et ses deux quatre litres à déposer à -70 et un autre recycleur O2 pour les paliers à -9 et -6 . C'est Claude qui aidé d'un mélange trimix va réussir une mise en place parfaite malgré la mauvaise fixation entre le recycleur et ses deux bouteilles et une palme qui se détache . Frédérique lui fait l'assistance au palier pendant que Jacques et Roland dégage le rétrécissement situé à environ 100 mètres de l'entrée. Le soir la totalité de la chaîne de décompression est en place.

    Dimanche matin la longue séance d'habillage commence, et la mise à l'eau ne se fera qu'en fin de matinée. Je m'équipe facilement car le RS 2 ne pèse que quelques kilos dans l'eau, il est monté de 2 x 20 litres auxquels je rajoute 2 x 9 litres de trimix intermédiaire sur le côté et 2 x 4 litres de nitrox 60 en ventral. Il est 12 H 15 lorsque je pars, Frédéric passe devant pour me guider sur les 700 premiers mètres. Il a sur le dos un tri 20 litres (car pour éviter de refaire les 700 mètres, il m'attendra dans la cloche et fera le premier contact).

    À -18 je dépose mes deux quatre litres et je poursuis sur les deux neuf litres de trimix intermédiaire. À -70 j'effectue une dernière vérification du R.S 3 et ses deux bouteilles de quatre litres. Je m'accroche au zepp et j'arrive rapidement dans la partie horizontale d'environ 150 mètres qui se situe à une profondeur entre -90 et -102 le profil de cette zone est particulièrement accidenté et m'oblige à faire des changements de direction constamment avec le propulseur. Arrivé vers -110 je quitte mon engin car la galerie devient progressivement verticale, je continue à la palme en suivant deux fils d'Ariane celui de Jacques Brasey qui s'arrête à - 130 et celui d'Olivier Isler qui continue.

    Soudain vers les -160 j'aperçois la grosse bobine bien caractéristique de fabrication suisse, elle est la, quelques mètre plus bas (grand coup de chapeau pour les -165 en circuit ouvert) je la prends dans la main, aucun autre fils n'est accroché à son extrémité, pas de plomb non plus ! J'accroche donc le mien et me lance dans le vide. Lorsque mon compte à rebours retentit je suis à -180 mètres de profondeur, un becquet rocheux m'invite à stopper-là. J'enroule mon fils autour et le sécurise avec un élastique, je prends mon temps, je suis loin de mes tiers. Mais dans cette manoeuvre, j'échappe ma bobine qui descend en se déroulant je passe rapidement sous le becquet mais trop tard elle est perdue.

    A cet endroit la galerie est complètement verticale, la lumière de mes phares puissants n'accroche rien d'autre que les parois, en dessous , c'est le vide ! J’ai vu à plus de 200 mètres de profondeur !

    La remontée se fait sans problème j'effectue quelques premiers paliers dans le puits terminal, puis récupère mon propulseur qui me tire vers mes premières bouteilles palier. Malheureusement le R.S 3 en dépôt ne pourra fonctionner à cause d'une entrée d'eau. Arrivé à -60 je trouve la plaquette de Frédéric, il m'a loupé car j'ai perdu du temps dans la partie horizontale, de ce fait en surface, une certaine inquiétude s'installe , ils n'auront des nouvelles que vers 19 h. Mais déjà Claude arrive à son tour avec de la boisson chaude et la batterie pour le gilet chauffant (qui ne fonctionnera que dix minutes car des fils se sont coupés en bougeant),
    il récupère le zepp et quelques bouteilles à -50 et reste un peu avec moi le temps de décrocher mes deux neuf litres de trimix intermédiaires devenus inutiles puis remonte faire ses paliers. À -9 Daniel est là pour sécuriser mon entrée dans la cloche. Le circuit fermé O2 est assez difficile à utiliser car je ne peux pas le fixer correctement en ventral et le boisseau ne tient pas bien en bouche de se fait pas question de quitter mon recycleur dorsal donc pas de cloche. Je réussirai malgré tout par entrer quelques minutes mais sans pouvoir m'asseoir, histoire de goûter au grand confort que j'aurais pu savourer pendant plusieurs heures. Mais je n'ai pas froid malgré une certaine fuite à l'intérieur de ma combinaison (étui pénien défectueux). L'eau est à 14 degrés ce qui est un luxe pour moi qui suis habitué à plonger dans des eaux dont la température varie entre 4 et 10 degrés. Cinquante minutes avant la fin de mon palier de -6 mètres je prends en ventrales 2 x 4 litres de nitrox 64 et une 3 litres d'oxygène et j'entame les 700 mètres qui me restent à parcourir pour finir cette plongée.

    Il est 0 h 53 minutes lorsque j'émerge, toute l'équipe est là pour m'accueillir. La quasi-totalité de l'infrastructure a été désinstallée.
    Le lendemain Frédéric et Claude se charge du démontage de la cloche, des 2 bouteilles relais et du petit recycleur oxygène à ramener.
    Un grand bravo à toute l'équipe qui aura parcouru près de 23 km de distance et effectué plus de 38 heures de plongée pour me soutenir ainsi que pour mettre en place et démonter toute l'infrastructure indispensable pour cette expédition dont je tiens à souligner l'extrême difficulté liée à la distance.

    Cette plongée a été effectuée avec un recycleur semi fermé redondant, sécurisé par un troisième circuit au premier palier.
    La consommation totale de gaz a été de 8900 litres.

     

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    Participants

    plongeurs :
    Claude HUREY
    Daniel DUMAS
    Frédéric MARTIN
    Jacques et Roland
    soutient en surface : Didier

     

    Merci à tous
    Sylvain REDOUTEY

     


    Le Goul de la Tannerie

    209 M DE PROFONDEUR À PLUS D'UN KILOMÈTRE SOUS TERRE AVEC UN RECYCLEUR

     

    par Sylvain Redoutey

    Avril 2004

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    concentration avant le départ

    Historique :

    La Tourne n'est qu'un petit affluent ardéchois du Rhône d'une centaine de mètres dans le village de Bourg Saint Andéol. Cependant, cette rivière n'est que la partie visible d'un réseau souterrain qui draîne les eaux du plateau du Gard qui en constitue son bassin d'alimentation.

    Ce site à très tôt intéressé le monde de la spéléo. Avec l'apparition et le développement des techniques de plongée, l'exploration de cette source prend une très grande ampleur et plusieurs groupes en tentent l'exploration. En 1972, le GEPS explore les 750 premiers mètres et stoppe son avancée à - 45 m. En 1978, un groupe suisse, le GLPS reprend le flambeau et pousse l'investigation de la cavité jusqu'à -72m en rajoutant 70m au précédent terminus. Les choses étaient entendues lorsque Francis Le Guen ajoutait quelques mètres atteignant la profondeur de -80 m. L'ère des plongées d'exploration à l'air avait, dans Tourne, atteint ses limites.

    L'exploration de ce réseau prend tout de même un tournant capital en 1980 lorsque le bilan hydraulique régional est devenu préoccupant. Le 23 juin 1982, la décision est prise d'évaluer le potentiel hydrique de la Tourne souterraine tant sur les plans qualitatif que quantitatif. Au mois de juillet Bertrand Léger, spéléonaute grenoblois se colle à ce projet. Jusqu'à la fin de l'année, il dresse précisément la topographie et équipe en fil d'Ariane la galerie noyée. Il poussera l'exploration de Tourne jusqu'à 1020m pour 115 mètres de profondeur. Les deux années suivantes seront occupées à réaliser un forage et le 20 août 1984, l'eau jaillit enfin du forage.

    Depuis cette date, loin de s'essouffler, l'exploration du réseau noyé continue, quelques plongées doivent retenir notre attention :
    1992 : Jacques BRASEY du G.L.P.S. ( Groupe Lémanique de plongée souterraine ) qui, après six jours de préparation et de plongées de rééquipement jusqu'au grand puits terminal, stoppait sa progression dans la source à - 137m et ressortait sans problème de cette plongée qui avait durée 9h20 minutes.
    1996 : Olivier Isler, soutenu par une équipe franco-suisse, atteignait en circuit ouvert - 165 m dans le puits terminal et faisait surface après une plongée de 10h 11 minutes. Equipé d'un quadri 20l dans la zone profonde, il avait pu constater que le puits continuait à descendre jusqu'aux alentours des -180 mètres.

    L'échec de la plongée d'Olivier en recycleur en 1997 remettait en cause l'utilisation de ces appareils dans la source de Tourne.

    QUATRE COUPS TERRIBLE SUR UN PLONGEUR DE POINTE

    Après une exploration à - 180 mètres de profondeur en 2003, j'ai voulu poursuivre cette aventure.

    Le puits terminal paraissait continuer à la verticale et fort de ma première expérience, je me sentais et j'avais tous les moyens de descendre très bas. Mais l'homme n'est que peu de chose dans ce monde minéral et seule la nature décide.

    Le matin du dimanche de Pâques, tout est en place après quatre jours de travail intenses au cours desquels une impressionnante chaîne de décompression fut installée. En partant d'une cloche naturelle à - 6, une bouteille tous les trois mètres jusqu'à moins 12, une cloche à paliers à – 15, ensuite une bouteille tous les six mètres jusqu'à – 45, puis une bouteille tous les 10 m jusqu'à presque -100. Tout a été contrôlé je peux partir tranquille. Il est 11 h 30, je suis dans la vasque et j'installe un à un mes relais 4 L de nitrox 60 que j'utiliserai sur les 700 premiers mètres. Plus rien n'existe autour de moi, je suis concentré sur mon départ. Un petit mot à mon équipe pour les remercier, je saisis mon scooter et je démarre. Fredéric me suit, car il devra m'aider lors des changements de relais et faire un dépôt et Daniel tient la caméra.

    Une véritable explosion.

    A peine ai-je parcouru 130 mètres de galerie que le premier coup tombe ! Une véritable explosion suivie d'une fuite, je comprends rapidement qu'il s'agit de mon inflateur de secours. Je le débranche, la fuite s'arrête. J'ai perdu 20 bars dans une 20 L de mélange-fond. Je fais demi-tour, on traite le problème avec l'équipe et à 12 h 34 je repars. Arrivé aux 700 mètres à -15 je change de relais. Je place 2 bouteilles de 12 L en ventral qui seront utilisées de - 45 à –150, plus 2 bouteilles de 3,5 L pour faire la liaison de -15 à -45. Fred surveille la manœuvre avec une attention particulière et prend mon propulseur qui est plutôt gênant dans cette partie de la galerie. Cette fois le chrono est déclenché, je descends jusqu'à - 45 où je dépose les 2 x 3,5 L et raccorde les deux 12 L sur les deux circuits du RS 2. Je reprends mon scooter et un peu plus loin je croise Frédéric qui a déposé le RS 3 à - 60 comme convenu. Cette fois tout se déroule parfaitement, je suis bien, je vois défiler le reste de la chaîne de décompression jusqu'à -96.

    Je passe la zone labyrinthique et j'arrive rapidement à -110 où je dois déposer mon scooter, car la galerie est presque verticale. Je me laisse descendre dans ce fantastique puits toujours aussi impressionnant. À –140 je prends mon mélange fond et j'arrive rapidement à –180 mon dernier terminus.
    Mais là une surprise m'attend : ma bobine de fil d'Ariane de l'an dernier a été emportée par les crues et des morceaux de fils enchevêtrés forment par endroit de véritables pièges à plongeurs, qui peuvent être fatals à cette profondeur.
    Je tends le morceau de fil qui pend sous mon dernier terminus et je l'attache sur une aspérité. Je suis à - 190 et là, une deuxième surprise, la galerie repart à l'horizontale. J'accroche un nouveau fil et j'explore ce morceau de galerie vierge sur environ 30 m, les battements de mon cœur s'accélèrent, je suis à – 200 et la vue de ce chiffre à un effet grisant indescriptible.

    Lorsqu' un nouveau puits s'offre à moi, l'envie de me laisser glisser est irrésistible, je me lance de quelque mètres, mais mon chrono me rappelle à l'ordre. Je fixe mon fil sur une pointe rocheuse, un regard sur mon VR3 - 209 m .

    Ce piège sournois que je ne connais pas

    Je remonte lentement jusqu'à mon premier palier à –156 et j'ai déjà l'impression de ne plus être seul. En effet, la bobine d'Olivier ISLER, qui est remontée avec les crues, me tient compagnie. Je la saisis d'une main, comme pour féliciter cet explorateur qui a eu le courage de descendre jusqu'à -165 en circuit ouvert. Je reprends mon propulseur à – 110 qui me tire dans ce morceau de galerie horizontale avec quelques arrêts de temps en temps suivant les paliers. À – 96, je récupère un relais 12 L, à - 90 un autre lorsque soudain le deuxième coup frappe, cette fois il est terrible : tout bascule, la galerie se met à tourner entraînant dans son tourbillon infernal les relais 12 L et le scooter qui finissent emmêlés dans le fil d'Ariane. Je tente désespérément de me rattraper à quelque chose, de retrouver une stabilité, mais rien à faire le piège se referme. Le pire, le plus effroyable, c'est que je ne comprends pas ce qui m'arrive !
    C'est terrible, après plus de vingt ans de plongée spéléo, je suis pris dans ce piège sournois que je ne connais pas. Je cesse tout mouvement, car j'ai au moins compris qu'il ne sert à rien de pédaler dans le vide. J'ai la tête qui tourne et des nausées.

    Je donne l'assaut final.

    Je vérifie mes connexions aux recycleurs.
    Je respire bien le bon mélange. Je reste là de nombreuses minutes, je ne peux plus ni avancer ni reculer et je serais bien en peine de prendre l'une ou l'autre direction je ne sais même pas où est le haut et le bas ! Je pense à mes trois petites têtes blondes et à ma femme qui m'attendent, à Frank qui va devoir me traîner jusqu'à des profondeurs plus abordables.
    Quelle espèce de plongée macabre va t'il faire ?

    Non, je n'ai pas le droit de rester là ! Tant que j'ai du gaz à respirer tout espoir est permis. Je laisse échapper quelques bulles par le nez, en fait j'ai la tête en bas. Je démêle le fils des bouteilles-relais et tente de me rétablir.
    Mais le combat est inégal car les jambes de ma combinaison sont gonflées. Je rassemble tous les ingrédients possibles et imaginables pouvant servir à la contre-attaque et dans un effort d'une violence inouïe je donne l'assaut final.

    Soudain, je me retrouve de nouveaux dans une position confortable. Ma ceinture de plomb, qui était sous mes bras, a repris sa place sur mes hanches, mon ordinateur VR 3 m'indique depuis longtemps que j'ai fini les paliers à cette profondeur et mon propulseur me tend les bras.
    J'ai toujours la tête qui tourne et des nausées, mais je le saisis et reprends ma progression un peu comme un bourdon qui aurait frappé violemment une vitre. Je profite du reste des batteries de mon propulseur, sur lequel j'ai installé une prise 12 volts pour brancher ma combinaison chauffante.

    Contraint de renvoyer mon petit déjeuner

    Vers les -70, Frank arrive. Quel soulagement ! Quel bonheur de savoir qu'enfin je vais être entouré, surveillé, alimenté, chauffé, réconforté, dépanné, encouragé , etc. etc..

    Il comprend rapidement que quelque chose ne va pas. Je lui fais signe qu'il y a des bouteilles derrière, il revient vers moi reste quelques minutes à mes côtés, puis repart. Je sais qu'il ne peut pas s'éterniser à cette profondeur. À partir de là, l'équipe conduite d'une façon remarquable par Frédéric MARTIN va s'organiser, les plongeurs vont se relayer pour assurer mon soutien. Rapidement David va prendre le relais et restera de longues minutes à mes côtés, chose que j'ai particulièrement apprécié surtout au moment où les nausées étant de plus en plus fortes, j'ai été contraint de renvoyer mon petit déjeuner. Cependant si cet exercice très particulier ne pose pas trop de problème en circuit ouvert, il en est autrement avec un recycleur. Si la capacité du plongeur à tenir une bonne apnée n'est pas suffisante, ou s' il commet la moindre erreur, le circuit est inutilisable ou pire c'est la noyade.

    Je prends donc une bonne inspiration, ferme le boisseau, retire mon embout, laisser sortir tout ce qui veut sortir, me rince la bouche, remets mon embout, ouvre le boisseau, ouf ! Opération réussie. Mais la malédiction est toujours là, me guettant à chaque virage, à chaque changement de paliers.
    Voici qu'un fil de la prise électrique qui va sur ma combinaison pour mon chauffage se dessoude.

    Du bricolage pendant les paliers ,

    Voilà une façon intéressante de passer le temps. À l'aide de mon couteau je dénude les deux fils et les introduits dans les orifices de la prise sur la batterie. Je réussis à me chauffer ainsi quelque temps, lorsque Sylvain BATOT arrive avec un domino, une prise et un tournevis et ensemble nous viendrons facilement à bout de cette panne.
    Puis c'est au tour de Claude qui va s'éterniser à mes côtés avec son tri 20 L et me fera passer de longues minutes.
    Se succéderont ensuite Bruno, les Anglais Dave et Scoff et Serge. Lorsque j'arrive à –18, ma cloche à palier est juste au-dessus de moi.

    Génial, je vais bientôt pouvoir me reposer, me refaire une santé. Mais les paliers de -60 à -40 ont été relativement longs, car le VR 3 ne prend en compte que 9 mélanges différents et lorsque je lui ai affiché les 5 derniers, il a ajusté la fin de la décompression et raccourci les derniers paliers. L'équipe, qui s'était calée sur une de mes tables laissée en surface, va être induite en erreur par ce phénomène et le plongeur qui devait me surveiller lors de mon entrée dans la cloche aura plus de deux heures de retard.

    Le palier juste à côté de ma cloche

    Le troisième coup vient de frapper. En effet, je n'ai eu pour l'instant que des problèmes physiques et mon moral jusque-là était resté intact. Mais voilà que les esprits maléfiques qui hantent ces lieux vont tenter de le titiller, de le grignoter morceau par morceau. Je suis immergé depuis près de 12 heures et je fais le palier de -15 juste à côté de ma cloche me disant, il va arriver.

    Je sais que je peux entrer seul dans la cloche, je l'ai déjà fait en lac. Mais à 700 mètres de la sortie, il n'est pas question que je prenne le moindre risque. Arrivé à –12, le palier dure près d'une heure.
    Je bouge, je gigote dans ma combinaison, je fais des exercices avec les jambes, avec les bras mais rien n'y fait, le poids du temps se fait sentir inexorablement. Cette fois c'est décidé, je suis à - 9 et à la fin de ce palier si personne ne vient, j'irai seul dans la cloche naturelle à - 6.

    Lorsque 4 minutes avant la fin de ce palier Daniel arrive, je ne dirai pas ici ce que j'ai eu envie de lui faire pour ne pas choquer les âmes sensibles.
    Il me tend une plaquette avec des questions mais je m'en moque, je marque juste je veux entrer dans la cloche. Il comprend mon impatience et se met à tourner autour de moi, me décroche mes relais, OK je peux décapeler. Je ferme mon boisseau, saisis un détendeur avec une petite bouteille en ventral, fais basculer l'ensemble des tuyaux cannelés et des 2 boisseaux derrière ma tête et enfin je décapèle le RS 2 que Daniel réceptionne. Arrivé dans la cloche, je m'installe sur la barre fixée par des spits. Daniel me tend le petit recycleur et restera près de moi avec son tri 20 L durant 3 longues heures. Je savoure ce palier de luxe et profite pour me remettre en condition et déguster enfin quelques gorgées de soupes bien chaude.

    Un dernier coup pour tenter de m'achever .

    Je quitte la cloche et remet mon recycleur sur le dos sans problème. Je suis parti depuis un peu plus de 17 heures et j'ai hâte de retrouver la sortie. Il me faudra une heure pour parcourir les 700 derniers mètres. Lentement je m'extirpe de ce boyau étroit et sinueux, cette fois ça y est, j'aperçois la lumière du jour dont les colonnes bleutées semblent percer cette eau cristalline.

    C'est le matin, il est presque 7 heures, je marque une pose à – 6 pour savourer cet instant précieux. C'est alors qu'en arrivant à – 3 je ressens une gène dans les genoux. Cette fois c'en est trop, mais que suis-je donc allé chercher au fond de ce gouffre ? Ai-je titillé la queue du diable pour qu'il s'acharne ainsi et vienne m'administrer un dernier coup juste à la sortie, comme pour tenter de m'achever ?

    Le plongeur de pointe sous haute sécurité .

    Je décide donc de remonter à 30 minutes par mètre de – 6 à 0 et de rajouter ainsi 3 heures d'O2. L'équipe va une fois de plus réagir avec une rapidité et une efficacité incroyable pour me soutenir, m'encourager, m'inciter à boire, allant jusqu'à sacrifier des batteries d'éclairage de caméra pour alimenter ma combinaison chauffante.
    Il est 9 h 45 lorsque j'émerge enfin. Je suis immédiatement pris en charge, déséquipé, oxygéné, alimenté, réchauffé, ausculté.
    Je suis sous haute sécurité, je récupère rapidement, en quelques heures et je ne ressentirai absolument aucune douleur, seul ma tête tourne encore due à l'ADD vestibulaire que j'ai subi vers les – 90.

    Je découvrirai un peu plus tard que j'ai perdu 3 kilos en 21 h 11.
    Je pense qu'en allant chercher une telle profondeur à près de 1200 mètres de distance, avec en plus un profil chaotique, j'ai atteint les limites des capacités humaines. Je laisse donc ainsi le terminus et ne poursuivrai pas l'exploration de cette résurgence .

    Cette plongée à été effectuée entièrement avec un double recycleur semi-fermé à fuite proportionnelle en dorsal, sécurisé par un troisième utilisable en ventral déposé à – 60, plus un fermé O2 à – 6.

    Je tiens à remercier très chaleureusement tous les participants à cette expédition et félicite toute l'équipe qui s'est investie et qui à su s'organiser et s'adapter avec un professionnalisme remarquable. Toujours soucieux de la sécurité, faisant preuve d'ingéniosité pour surmonter tous les problèmes rencontrés.

    SYLVAIN REDOUTEY

    Remerciement à : COMEX PRO ; LINDE GAZ ; GMPA ; BESAC.PLONGEE

    Et à notre membre d'honneur Félix COBOS.

    Plongeurs: 

    Surface :

    Club :

    Frédéric MARTIN

    Daniel PENEZ

    SERAVEN

    Claude HUREY

    Dominique MARCEL

    RAGAIE

    Daniel DUMAS

    Fernand BORCA

    AVEN

    Frank VASSEUR

    Michel BAILLET

    ASHVS

    Bruno LOISY

    Jean Claude BOUTIN


    David BIANZANI

    Didier DELABRE


    Serge LABAT

    Lucien DUCORD


    Roland FOLLADOR

    Vincent ISSARTEL


    Sylvain BATOT

    Jean-François BATOT


    Scoff (CDG)
    Dave (CDG)

    Maurice RICCI


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    frederic, sylvain et daniel juste avant le départ

     

     

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    gestion de la plongée en surface

     

     

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    la surface s'organise

     

     

     

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    plongees préalables d'assistance

     


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    départ pour la profonde

     

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    progression dans ce conduit sinueux

     

     

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    progression lente dans les 700 premiers mètres

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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     pris en main par l'equipe

     

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    les copains ça réchauffe

     

     

     

     


    Goul de la tannerie

    Exploration de la Galerie Brasey

    Ce mercredi, 14 décembre 2005, dans le cadre des activités de la CNPS, J'ai poursuit l'exploration de la galerie Brasey par -115m dans le puits terminal à plus de 1000m de l'entrée au Goul de la Tannerie.
    200m de nouvelle galerie explorée, ce qui porte la distance à 350m, toujours plein EST, profondeur maxi -122m
    ( Bientôt la jonction avec le grd Goul ???????? )
     
    Temps total de plongée 6h40 dont 23mn passées à plus de -120m, et un peu moins de 350mn de déco.
    Plongée réalisée en bi Joki avec scooter UV-26 silent submersion et VR3 CNPS
     
    Un grand Merci à mon plongeur d'assistance, Baptiste Bénédittini, en recycleur CCR fait maison ( made in henri ) qui est resté plus de 4h avec moi pendant ma déco
     
    CR bientôt disponible sur le site de la CNPS, lors de sa prochaine mise à jour
    http://souterraine.ffessm.fr/

    Quelques photos du Goul de la Tannerie ( Photo R. HUttler - GEOKARST )


     Goul de la Tannerie

    Suite Exploration Galerie Brasey
     
    28 juin 2008
     
     
     
    Après l'explo du S4 de la baume des Anges, il y a 2 semaines :
    http://plongeesoute<wbr>rraine.oldiblog.<wbr>com/?page=<wbr>lastarticle&id=1981450
     
    Après l'explo du Castor, il y a 1 semaine :
    http://plongeesoute<wbr>rraine.oldiblog.<wbr>com/?page=<wbr>lastnews&id=271540
     
     
     
     
    Le 28 juin 2008, jour de mes 40 ans, dans le cadre des activités de la CNPS et du classement des gouls de Tourne par le conseil général 07 en PDESI, les plongeurs de la CRPS RABA, on poursuivit l'exploration de la galerie Brasey au Goul de la tannerie, avec la participation de notre président JP Stéfanato, qui fit office de DP sur cette manifestation.
     
    Lors de cette plongée, j'ai utilisé pour la 1ère fois, une configuration triple recycleurs :
    - Double mCCR JOKI en relais dorsaux
    - mCCR X-Men3 en relais ventral : http://picasaweb.<wbr>google.fr/<wbr>Minibus26/<wbr>XMen3Relais
    Et cela du départ de la vasque jusqu'à 1100m, où je déposais mon recycleur relais à -90m en haut du puits terminal en sécu pour mes paliers, pour partir explorer la galerie Brasey en bi Joki et bi 9 en dorsal.
    Un 4ème recycleur, l'oxy fermé Michelin, a été installé au bout des 700m en sécu
     
    J'ai exploré 104m de galerie supplémentaire, de -124m à -108m pour terminer dans un puits vertical remontant, qui se pince de plus en plus, pour ne plus pouvoir être praticable avec la configuration que j'utilise.
     
    La galerie Brasey fait désormais 404m de distance. Elle part depuis le puits terminal à -114m sur un cap principal plein Est, pour finir à la cote 386m à -124m sur un puits remontant. Arrêt à 108m
    Le retour dans le puits terminal fut effectué sans visibilité. La galerie étant inactive, mais couverte de concrétions en plafond, un fin dépôt de glaise se met en suspension au passage du plongeur en recycleur
     
    Temps total dans la galerie Brasey en dessous de -114m : 37min
    Temps total passé en dessous de -90m : 47min
     
    Temps total de plongée : 8h58min
    Dont les derniers palier de 150min à 4,5m du VR3 réalisés dans une cloche de décompression fixée dans le cayon à 150m de l'entrée dans laquelle était installé des communications à l'aide d'un cable déroulé depuis la surface jusque dans la cloche.
     
    Toute la progression a été réalisée au scooter Silent UV-26 + un UV-18 en sécu et en remorque
     
    Un grand merci
    - A la Mairie de BSA
    - Au soutien matériel de la CNPS ( Cloche, VR3, propulseurs, etc .... )
    - A l'organisation " sans faille " de Michel Conte
    - Au gestionnaire de surface : JP Stéfanato
    - Au travail magnifique de toute l'équipe : JC pinna ( RDV -80m en Bi Joki ), Fréd Badier, Gaby Hude, Alain Ruet, Baptiste Bénédittini, Laurent et José Bron, Serge Césarano, Patrick belu Serret, Bruno Megessier, Eric Charbonnier et sa copine,
    - Christian Lucotte et les pompiers plongeur du 07 pour l'aide qu'ils nous ont apporté lors de la mise en place des blocs sécu jeudi et vendredi.
     
    Les principales Photos :
     
    Michel Conte :
    http://picasaweb.google.fr/papaplongeur26/BSAWE2829JuinPhotosMichel?authkey=7roFrkIMhCo#
     
    Alain Ruet :
    http://picasaweb.google.fr/papaplongeur26/BSAWE2829JuinPhotosAlain?authkey=rIcrvxro1V0#
     
    Patrick Belu Serret :
    http://myshowmee.<wbr>com:80/showcase.<wbr>php?id=480dcdc88<wbr>2c757765fa357bb8<wbr>61a46fc&ps=3&sc=1&fs=1&type=1&color=000000
     

     

     

     


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